Après avoir passé plus de 5 semaines à vadrouiller en Croatie, sur le chemin du retour vers la France, nous avons fait étape à Milan. Nous en avons donc profité pour visiter Expo Milano 2015, la nouvelle édition de l’Exposition universelle. Découvrez avec nous de quoi il s’agit exactement.
Une Exposition universelle, qu’est ce que c’est ?

Événements publics, les Expositions universelles, aussi appelées Expositions internationales ou Expo, sont organisées régulièrement dans le monde depuis le milieu du 19ème siècle. Régies par la Convention de 1928 concernant les Expositions internationales du Bureau international des Expositions, les Expos ont pour but principal l’enseignement du grand public, de faire l’inventaire des moyens dont dispose l’Homme pour satisfaire les besoins d’une civilisation et de faire ressortir dans une ou plusieurs branches de l’activité humaine les progrès réalisés ou les perspectives d’avenir.

Les États constituent la grande majorité des participants auxquels s’ajoutent des ONG et des entreprises.
« Nourrir la planète, énergie pour la vie » : thème central d’Expo Milano 2015

Quelques chiffres :
- 184 jours, du 1er mai au 31 octobre 2015
- +140 pays participent à l’événement
- 20 millions de visiteurs attendus
- un site de plus d’1,1 million de m2
- +90 pavillons, dont une cinquantaine représentant des pays 9 pavillons « produits » (café, riz, chocolat, etc.)
Véritable fil conducteur de l’édition 2015, le thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie » a pour objectif de pousser les participants à réfléchir, à chercher et à proposer des solutions aux contractions du monde :
- une partie du monde souffre de la faim
- l’autre partie souffre d’une alimentation incorrecte et/ou d’une consommation excessive de nourriture
- chaque année des milliards de tonnes d’aliments sont gaspillés (souvent avant même d’être proposés aux consommateurs).
L’édition 2015 est donc l’occasion de faire de chaque moment, de chaque installation un moyen d’interpréter ce thème.
Expo Milano 2015, un événement durable ?
Le site web d’Expo Milano 2015 donne l’impression qu’il s’agit d’un événement durable, dont la mise en œuvre respecte l’environnement et les populations locales. Toutefois, nous sommes assez mitigés par rapport à ce discours. En effet, peu d’informations concrètes sont disponibles à ce sujet sur www.expo2015.org (simplement des allégations) et, lors de notre visite, nous n’avons pas eu l’impression d’une mise en avant de la durabilité du projet (que ce soit dans sa construction, l’après Expo 2015 ou les comportements visibles sur place – je pense notamment à la réduction des déchets).

En bref, en tant que visiteurs intéressés mais ne voulant pas passer des heures à chercher des informations, nous n’avons pas eu l’impression que cet événement soit plus ou moins durable qu’un autre.
Notre visite d’Expo 2015
Arrivés à l’ouverture et étant partis à 21h30, nous avons passés une longue, mais très agréable journée à l’Expo 2015. Voici en résumé ce que nous avons préféré et ce que nous avons moins aimé.

Ce que nous avons aimé
- l’architecture des pavillons
Il suffit de regarder quelques clichés d’Expo 2015 pour se rendre compte que c’est en quelque sorte un concours de créativité architecturale. La très grande majorité des pays ont proposé des pavillons au design intéressant (pour ne pas dire beau, car la beauté est subjective), fruit d’une réflexion en lien avec le thème de l’Exposition universelle ou mettant en avant un savoir faire national.

- coupe-file
Avant d’arriver en Italie, nous avions contacté le service de presse du pavillon français pour obtenir des invitations. Hasard du calendrier, nous avions prévu de visiter l’exposition le 21 mai, jour de la France à Expo 2015. Nous avons donc pu bénéficier d’invitations spéciales nous donnant accès à des zones restreintes du pavillon (nous avions oublié ce point-la …) et nous donnant un accès privilégié à certains pavillons (lisez coupe-file !). Grâce à ce petit privilège, nous n’avons pas eu à attendre pour visiter certains pavillons pris d’assaut par les visiteurs et pu accéder aux tours suisses (plus là-dessus au prochain article) alors que la distribution de tickets était finie.
- clusters
Les clusters sont des pavillons collectifs dédiés à des identités thématiques et/ou des filières alimentaires, mis en œuvre conjointement par plusieurs pays.

Certains pays ne pouvant pas construire de pavillon peuvent ainsi participer à Expo 2015 en présentant leur savoir faire et leurs connaissances dans ces clusters (je pense notamment à l’Égypte, le Monténégro, la Serbie, le Rwanda ou encore l’Inde).
Expo 2015 est composé de 9 clusters :
- riz
- café
- cacao et chocolat
- fruits et légumineuses
- épices
- céréales et tubercules
- bio-méditerranéen
- îles, mer et nourriture
- régions arides
Nous avons beaucoup aimé ceux sur les céréales et tubercules, sur le bio-méditerranéen et sur les zones arides.


Ce que nous avons moins aimé
- clusters
Contradictoires, nous ? Jamais !
Nous les avons tous visités ainsi que les stands des pays y contribuant. Et, nous avons été globalement déçus. Par exemple, il n’y avait quasiment aucune information dans les clusters du chocolat et du café et celui des épices présentait une petite dizaine de plantes et leurs vertus. Les stands nationaux des clusters n’apportaient guère plus d’informations (pour la plupart) : la vingtaine de mètres carrés leur étant mis à disposition étant utilisée comme boutique de souvenirs, ou au mieux, comme office du tourisme et stand de restauration.

‘toutes » ces informations pour une … quinzaine de stands « boutiques »
- absence de réponse concrète aux questions soulevées par le thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie »
La majorité des pavillons que nous avons visité n’apportaient en rien de réponse à la problématique, pourtant centrale, d’Expo 2015. Au mieux, les traditions culinaires étaient présentées.
- prix
Bien sûr, concevoir et organiser un tel événement est onéreux. Toutefois, n’oublions pas que l’un des principaux objectifs d’une Exposition universelle est d’enseigner au grand public, donc d’être accessible au plus grand nombre. Or, ce n’est pas le cas. En effet, un ticket à la journée coûte plus de 30 euros, la journée de stationnement 12 euros, un repas plus de 7 euros … en sachant qu’il est impossible de tout visiter en une journée (l’idéal, 3 jours selon nous), cela fait un peu cher. Dommage.
- consommation
Peu de pays font exception à ce constat : après (et même des fois pendant) les visites, le public traverse systématiquement l’espace vente du pavillon donnant au site des allures de grand centre commercial.
- des solutions quasi exclusivement issue de l’industrie de pointe
Au vu des informations que nous avons glané au cours de cette journée, « Nourri la planète » semble presque impossible sans avoir recours aux technologies de pointe. Or, en plus d’être onéreuses, ces dernières nécessitent généralement beaucoup de ressources naturelles et ont souvent un impact dommageable sur l’environnement … tout en étant inaccessibles financièrement pour une très grande partie de l’Humanité (en majorité, celle qui a faim). Nous regrettons aussi que plus d’exemples de low-tech n’aient été présentés et que la mise en avant d’un régime végétal (ou à dominante végétale) pour nourrir les populations n’ait pas été évoquée*.
*Le site étant extrêmement dense, nous n’avons pas pu visiter l’intégralité des pavillons et des expositions. Nous sommes peut-être passés à côté de pavillons qui nous auraient bluffé qui nous apportent d’excellentes solutions à la problématique de cette édition.
Notre top 5 de l’Expo 2015
États-Unis – American Food 2.0: United to Feed the Planet

Que l’on partage ou non l’engouement pour les solutions apportées par les États-Unis à la problématique « Nourrir la planète », le pays de l’oncle Sam a le mérite de proposer des solutions variées. La visite de ce pavillon commence au premier étage où le public est accueilli par Barak Obama himself ! Le visiteur navigue ensuite de point d’informations en point d’informations découvrant des personnalités ayant apporter des innovations dans le secteur agroalimentaire. Leurs innovations ainsi que des données sur l’alimentation et l’industrie agroalimentaire sont présentées.

La visite continue au rez-de-chaussée du pavillon. Par groupe d’une vingtaine de personnes, le public évolue dans un couloir où il découvre les traditions et pratiques alimentaires passées, présentes et futures des Américains à travers 7 courts métrages d’animation – tous plus réussis les uns que les autres. Nous avons notamment adoré le fait que ces courts métrages soient muets permettant au plus grand nombre de les comprendre.



Enfin, le pavillon américain se distingue des autres par sa façade végétalisée et sa « ferme verticale « ! Très esthétique, cette dernière met en avant l’importance de consommer des fruits et légumes frais. D’ailleurs, la cinquantaine de variétés cultivés ici verticalement l’est également horizontalement dans les jardins de la Maison blanche.

En résumé, nous avons beaucoup aimé ce pavillon pour la multitude de solutions présentées (même si nous n’adhérons pas à toutes), pour l’accessibilité et l’aspect ludique des informations présentées et pour son esthétisme. Le point majeur sur lequel nous tiquons est notamment que la durabilité à la sauce USA est une agriculture 2.0 ultra-connectée et axée sur les sciences et la technologie sous un climat de marché libre … Bref, une pure vision à l’américaine !

Dommage toutefois que les marques soient si présentent … même si discrètes !
Corée du Sud – You Are What You Eat

Entrer dans le pavillon sud coréen, baptisé Moon Jar en l’honneur de la poterie traditionnelle utilisée pour la conservation des aliments, c’est visiter une exposition d’art contemporain. Tout y est soigné et tout a un sens. Pour répondre aux questions soulevées par le thème de l’Exposition Universelle, « Nourrir la planète, énergie pour la vie », la Corée a identifié trois leviers auxquelles la cuisine coréenne répondent :
- la conservation des aliments par la fermentation – nourrir la planète
- l’harmonie entre une alimentation équilibrée et un corps sain par l’Hansik (la nourriture et les rituels qui l’entourent) – l’énergie pour la vie
- le stockage des aliments à l’aide des Onggi – nourrir la planète
La visite commence par la présentation de la fermentation, méthode traditionnelle de conservation des aliments en Corée. Cette méthode permet notamment de préserver certaines saveurs tout en en laissant d’autres se révéler.

L’exposition met aussi en avant l’importance de l’équilibre dans l’alimentation pour un corps sain avec la symphonie de la nourriture : deux bras articulés portant des écrans évoluent dans un ballet de danse harmonieux et gracieux pour symboliser cet équilibre. Magnifique et stupéfiant !

Ensuite, le stockage des aliments avec des Onggi est présenté. Il s’agit de jarres en terre cuite qui étaient autrefois enfouis sous terre pour conserver plus longtemps les aliments.

Enfin, en quittant le pavillon, le visiteur n’est pas dirigé vers la boutique (qui se situe en retrait et qui propose des produits artisanaux de qualité liés à la gastronomie coréenne) mais vers une exposition extérieure dénonçant les dérives de l’alimentation moderne : obésité, épuisement des ressources et des sols et surconsommation de produits industriels.



Nous avons aimé ce pavillon car une réponse concrète est apportée aux problématiques soulevées par le thème d’Expo 2015 tout en mettant en avant les technologies du pays (robotiques et multimédia entre autres) sans pour autant submerger le visiteur d’informations. Un vrai coup de cœur !
Kazakhstan – The Land of Opportunities

De l’extérieur, le pavillon du Kazakhstan semble futuriste, tourné vers l’avenir. A l’intérieur, même impression. Nous utilisons notre « coupe-file » et sommes accueillis comme de véritables VIP. Avant d’aller dans la première salle, l’hôtesse nous présente le site d’Astana. En effet, la capitale kazakhe accueillera Expo 2017 dont le thème est l’énergie du futur.

Puis vient la première claque, une artiste nous narre l’histoire du pays en produisant de magnifiques images avec du sable coloré : elle œuvre derrière un pupitre et son travail est projeté sur un écran géant. Nous sommes aux premières loges. Sa dextérité, le tempo et l’ambiance en font un moment magique …

Nous entrons ensuite dans le cœur du pavillon articulé autour de 5 thématiques :
- la science agronomique
- les ressources naturelles
- la gestion de l’eau
- les technologies agricoles du futur
- l’aquaculture


Certains traitements biologiques contre le locuste (criquet) y sont présentés par exemple ou encore côté nourriture, il est possible d’y déguster du lait de jument fermenté comme en Mongolie, de découvrir les esturgeons qui fournissent une denrée d’exception, le caviar et de contempler la diversité des pommes du pays.

Non loin, la « drone zone » permet de jouer virtuellement avec un drone à la recherche de petites bestioles !

Enfin, la visite se termine par une séance de cinéma 3D qui nous mène du soleil à la future Exposition universelle qui aura lieu à Astana en 2017.

Un système ingénieux et l’utilisation de matériaux spéciaux permettant de capter l’énergie solaire devraient permettre d’alimenter l’ensemble des pavillons d’Expo 2017 en énergie ! Aussi, côté durabilité, une fois l’Exposition terminée, les pavillons seront utilisés comme centre financier pour la capitale kazakh.
Nous nous attendions absolument pas à ce genre de prestation de la part du Kazakhstan. Tout y est : savoir-faire technologique, culture du pays, solutions pour « Nourrir la planète », gestion durable des ressources, etc. C’est en sortant de ce pavillon et en sachant que le pays allait organiser la prochaine Exposition universelle sur le thème de l’énergie que nous nous sommes rendus compte que ces pays dits émergents sont réellement en plein essor et seront des acteurs majeurs très bientôt … si ce n’est pas déjà le cas.
Sultanat d’Oman – Heritage in Harvest

Tout comme le Népal, le Sultanat d’Oman a choisi de mettre en lumière l’architecture traditionnelle et l’identité du pays. Ce pavillon dénote donc dans le Decumano, l’artère principale d’Expo 2015, par sa simplicité. Mais, c’est une toute autre simplicité qui nous a séduite lorsque nous avons visité ce pavillon : celle de solutions techniques proposées pour « Nourrir la planète » et notamment pour préserver l’eau dans un climat aride. Trois ont particulièrement retenues notre attention :
- les filets à brouillard qui captent l’eau par condensation. Ces filets permettent en quelque sorte de récupérer l’eau du brouillard ou de la rosée par exemple.
- un projet colossal de récifs artificiels offrant aux animaux aquatiques un refuge et de meilleures chances pour accroître les stocks de poissons dans les fonds marins.
- l’aflaj, ou un système d’irrigation vieux de 4 500 ans permettant de répartir l’eau par gravité depuis les sources jusqu’aux terres ou aux maisons.
Nous avons été conquis par la simplicité et les multiples solutions proposées par le Sultanat d’Oman tout en nous donnant un aperçu de leurs spécialités comme le miel. Bref, pavillon qui contraste avec celui du Qatar.
Suisse – Confooderatio Helvetica

Le pavillon suisse est sans conteste celui qui nous a le plus surpris. Constitué de quatre tours de quatre étages, ce pavillon invite le visiteur à se servir gratuitement et à sa guise en denrées alimentaires mises à sa disposition : café, pommes séchées, sel et eau.

Déjà un étage de consommé …
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Mais, les ressources présentent dans les tours sont limitées et aucun réapprovisionnement ne sera fait.

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Surconsommer signifie alors priver les prochains visiteurs de la même possibilité. A l’inauguration de l’Exposition universelle, les visiteurs accédaient au 4ème étage des tours. Grâce à la modularité de la structure, tandis que les réserves diminuent, le niveau des plate-formes s’abaisse permettant au public de visualiser l’épuisement des ressources disponibles. Le visiteur est donc invité à se questionner sur sa (sur)consommation(?) et l’aspect limité des ressources disponibles sur notre planète. Lors de notre visite, le 21 juin (soit le 52ème jour sur 184), nous avons été conduits au 3ème étage.
Ce pavillon, sans doute l’un des plus simples que nous ayons visité, nous a bluffé. La force du message véhiculé par cette exposition invite les visiteurs à réfléchir à leurs comportements et leurs impacts sur les autres et les générations futures.

Notre flop 3 de l’Expo 2015
Turkménistan – Water is life

Alors que l’ensemble des pavillons semblent avoir été réalisés avec des matériaux renouvelables et/ou dont l’impact environnemental est réduit, le pavillon du Turkménistan fait exception. Bling bling au possible, il propose une rapide présentation des denrées alimentaires produites dans le pays, l’artisanat (notamment le tissage de tapis) du pays et les technologies du pays, mais le pavillon turkmène est avant tout un prétexte pour mettre en avant son dirigeant : Gurbanguly Berdimuhamedow sur un cheval, à son bureau, etc. .

Notre avis sur « L’eau est la vie »
Nous n’avons rien appris de particulier (aucune réponse n’est apportée au thème d’Expo 2015) et avons eu l’impression que ce pavillon, au vu de sa réalisation, n’avait pas vraiment sa place sur un évènement axé sur la durabilité. Il montre plutôt la mégalomanie de son dirigeant et surtout une puissance en devenir qui est en train d’investir énormément actuellement.
Thaïlande – Nourishing and Delighting the World

Invités par le pavillon français à Expo 2015, nous avons eu droit à un accueil de choix au pavillon thaïlandais. Au vu du monde qui attendait pour le visiter, nous nous sommes dit qu’il devait vraiment valoir le détour. Au programme, trois animations multimédia.
Le Royaume du Siam a choisi de mettre à l’honneur la technologie pour répondre au thème d’Expo 2015. Toutefois, nous n’avons été convaincus ni par les technologies présentées (retour dans les années 90) ni par la mise en avant de l’industrie agroalimentaire du future selon la Thaïlande. En effet, élevage hors-sol et intensif, utilisation systématique d’engrais et de pesticides, recours à la géo-ingénierie* avec la pulvérisation de d’argent dans l’air pour déclencher des précipitations, consommation à outrance de produits alimentaires transformés au détriment des produits frais, adoption des produits à usage unique et/ou emballés individuellement, etc. constituent selon la Thaïlande la meilleure façon de nourrir la planète.
L’avis de Tatiana sur « Nourrir et régaler le monde »
Mimer les pays occidentaux sans prendre de recul par rapport aux problèmes auxquels ils font face aujourd’hui est, selon moi, une grave erreur. Je comprends tout à fait que les pays émergents souhaitent profiter de « leur part du gâteau », améliorer leurs conditions de vie et accroître leur confort, mais je suis convaincue que cela ne doit pas passer par l’adoption aveugle des technologies et des comportements développés en Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Je ne suis pas opposée aux technologies et au progrès, mais j’aimerais qu’elles soient questionnées, que leur plus-value soit évaluée et que leurs externalités soient prises en considération (notamment les impacts sur l’environnement, sur la santé, le développement local, etc.).
Enfin, Expo 2015 se tient dans le Nord de l’Italie, berceau du Slow Food. La Thaïlande possède l’une des cuisines les plus raffinées du monde. Nous avons été très déçus par le fait que cette dernière ait comme vitrine des plats surgelés et sous-vide dans la boutique du pavillon.
Qatar – Seeding Sustainability Innovative Solutions for Food Security

Le pavillon du Qatar est le dernier que nous ayons visité. C’est sans doute pour cela que nous sommes assez durs dans notre jugement. Peut-être une histoire de fatigue.
L’avis de Romain sur « Planter des solutions innovantes et durables pour la sécurité alimentaire »
Alors que le pavillon des Émirats arabes unis affichait complet et semblait très attractif avec des émiratis se laissant aller aux jeux des photos de touristes, celui du Qatar était tout autre.
A l’intérieur, l’accueil réservé aux visiteurs est froid et quasi uniquement en Italien. Le personnel ne semble pas très investi à mettre en avant ce pays, ses technologies et ses traditions. D’ailleurs, il semblerait qu’aucun Qatari ne soit présent – le personnel est, nous pensons, 100% italien. L’Expo 2015 a ouvert ses portes un mois et demi avant notre visite, mais le pavillon montre déjà des signes de vieillesse.
Les différents stands sont très peu développés malgré des thèmes intéressants à traiter : désalinisation de l’eau de mer, agriculture sous serre, importations de nourriture, investissement dans le sport (dans des clubs de foot notamment), etc.
Je ne suis pas fan de la désalinisation de l’eau de mer telle qu’elle est faite actuellement car cette dernière demande une énorme quantité d’énergie, c’est pourquoi le Qatar est l’un des rares pays capable de le faire. Ensuite, prôner une vie saine en avançant le fait que le Qatar investit dans le sport … c’est quand même tirer par les cheveux non ?
Enfin, côté animation, l’animation 2.0 proposée dans une sorte de tour est, selon moi, catastrophique d’un point de vue graphie. Elle évoque la future transition du pays du pétrole vers l’énergie « verte » … ??







Par être honnête, votre constat ne m’étonne guère. Ce type d’événement est destiné à promouvoir l’industrie agro-alimentaire. Seul de riches industriels peuvent se permettre d’investir dans ce type d’action de communication. Ils ont besoin d’organiser ce type de show afin d’essayer de faire croire que grâce à eux, grâce à la « technologie », les populations les plus démunies sortiront de la famines. Or on constate sur le terrain que les initiatives qui fonctionnent réellement pour nourrir sainement les populations ne nécessitent finalement que très peu de moyens financiers et reposent le plupart du temps sur l’observation et le respect de la nature. Les porteurs de ces initiatives n’ont que faire de ces expo soient disant universelles. Les problèmes d’accès à la nourriture reculeront lorsque les populations se ré-approprieront leurs productions et qu’ils ne se laisseront plus berner par des technocrates en mocassins qui n’ont jamais mis les pieds dans la boue !!!
Bonne nuit !
JF
Pour te répondre JF, oui certains pavillons (notamment les grandes puissances) parlent ouvertement des progrès de l’industrie agro-alimentaire et de l’agriculture 2.0 ultra-connectée. Mais d’autres pays traitent de cultures traditionnelles ou d’innovation « écologiques » à l’échelle locale.
A mon avis, il y a un juste milieu (comme souvent) entre la réappropriation des productions par les agriculteurs et l’agriculture 2.0. Les procédés agricoles ont connu de fortes améliorations durant ces dernières décennies et il faudrait justement combiner :
– ce savoir-faire technologique (ou non)
– une certaine volonté de déconnexion avec le monde libéral et le « marché libre »
– une production plus localisée
Mais cela passe également par un changement des comportements de consommation … les consommateurs ont un rôle à jouer malgré tout ce que l’on peut lire ou entendre.
Pour conclure sur une note d’enthousiasme, je pense qu’il y a néanmoins un énorme potentiel dans l’agriculture pour se tourner vers un avenir que tout le monde souhaite plus « durable » ou « soutenable » …
Romain