Japon rural : une semaine à la campagne

Octobre 2016 – Quand nous vivions en Australie, Romain et moi avons rencontré Kiyomi. Nous sommes restés en contact toutes ces années. Quand elle a su que je venais au Japon, elle m’a invité à passer du temps dans sa famille. Voici comment je me suis retrouvée au fin fond de la campagne de Honshu. 

Après une nuit dans un bus entre Kyoto et Tokyo et deux bonnes heures dans un train, j’arrive enfin à Utsunomiya où je retrouve mon amie. Nous ne nous sommes pas vues depuis plus de 5 ans, mais c’est comme si nous nous étions quittées la veille. Elle m’avait prévenue, sa famille vit à la campagne. Nous reprenons donc un train puis sa voiture pour arriver chez elle. La première gare est à plus d’une demi-heure de voiture. Aucun doute, nous sommes à la campagne.

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Kiyomi à ma droite et sa famille

Quotidien japonais

Pendant presque une semaine, je découvre la vie à la japonaise. Même si la famille de Kiyomi est moderne, elle a tout de même un mode de vie traditionnel. La maison est grande et accueille quatre générations : les parents du père de Kiyomi, les parents de mon amie, sa sœur, son mari et leur fille. Kiyomi, qui vient de rentrer des États-Unis où elle enseignait le Japonais, demeure avec eux le temps de trouver un emploi qui lui plait.

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Les repas sont rarement pris en famille. Chacun mange selon son emploi du temps et la maman de Kiyomi veille à ce que tout le monde ait tout ce dont il a besoin (nourriture, vêtements propres, linge de toilette, etc.) et à la propreté de la maison. L’expression femme au foyer prend ici toute sa dimension.

Ma semaine fut comme des vacances dans ma famille. Simple, reposante et ponctuée par des activités qui sortent un peu de l’ordinaire.

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Randonnée au Mont Nasu

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Kiyomi savait que je voulais randonner. Elle a demandé des conseils à un ami de sa mère passionné de nature et de randonnée. Monsieur Takahashi a proposé de nous accompagner pour nous faire découvrir sa montagne préférée : le Mont Nasu.

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Quel bonheur d’être dans la nature. Pendant les 2h d’ascension, monsieur Takahashi (c’est ainsi que l’appelle Kiyomi, elle n’utilise pas son prénom) nous présente les plantes que nous rencontrons, nous raconte des histoires de quand il était petit et les péripéties de ses sorties hivernales. L’année dernière, alors qu’il randonnait autour du mont Nasu, il est tombé et s’est fait une vilaine fracture. Malgré ses protestations, ses enfants ont du lui interdire la randonnée en solo.

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Monsieur Takahashi connait bien sa montagne. Il nous emmène aux portes du centre de la terre … De la fumée soufrée s’échappe de la roche de la montagne. Sous nos pieds, l’activité volcanique est très intense.

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Après notre petite randonnée, monsieur Takahashi nous invite à prendre le thé chez lui. Je suis honorée car je sais à quel point entrer chez des Japonais est rare.

Une fois assise dans leur salon, j’ai l’impression d’être dans l’émission Rendez-vous en terre inconnue. Madame Takahashi me dévisage et me pose plein de questions. Kiyomi a été une interprète hors paire. J’essaie de me rappeler au mieux des éléments de politesse lus avant de venir au Japon pour apprécier au mieux ce moment et faire bonne impression à mes hôtes.

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Malgré leur niveau de vie, ils n’ont jamais voyagé au-delà des frontières du Japon. Ils me posent donc beaucoup de questions sur les endroits que j’ai visité et sont intrigués par le nombre de jours de congés que nous avons. Un Japonais en a environ 15 par an … et il est mal vu de tous les utiliser.

Après presque deux heures à papoter, nous prenons congés.

Nikko, toute la splendeur de l’ère Edo dans un écrin de verdure

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Pendant des siècles, les montagnes de la région de Nikko servirent de refuge pour l’enseignement des moines bouddhistes avant de tomber dans l’oubli. C’est au 17ème siècle que Nikko acquit sa notoriété actuelle quand un seigneur guerrier fut inhumé dans le sanctuaire Tosho-gu. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ce sanctuaire se fait une nouvelle jeunesse pour fêter son 400ème anniversaire en 2017. Kiyomi et moi ne l’avons donc pas visité, mais si l’intérieur est aussi spectaculaire que son enceinte extérieure, je ne peux que vous le conseiller.

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Le jour de notre visite, la grisaille et le crachin était au rendez-vous. En arrivant en ville, nous nous sommes donc installé dans un petit restaurant pour nous réchauffer et déguster la spécialité locale : le yuba. Le yuba est la peau qui se forme sur le lait lorsque l’on fabrique du tofu. Il est coupé en fine lamelles et agrémente de nombreux de plats végétariens locaux influencés par l’ancienne tradition bouddhiste de la ville.

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Après un excellent curry, nous nous rendons à la villa impériale appelée Nikko Tamozawa. Ce somptueux palais se visite de l’intérieur. C’est assez rare pour le préciser. Outre le splendide savoir-faire déployé en matière architectural, la villa est ornée de remarquables peintures et offre, à chaque fenêtre, un panorama extraordinaire sur le jardin.

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Nous passons presque 2h à visiter la villa, à photographier chaque détail, avant de retourner tranquillement vers la gare de la ville.

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En route, nous nous arrêtons contempler la reproduction d’un pont du 17ème siècle surplombant la Daiya-Gawa.

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Katsushika Hokusai

Le jour de mon arrivée, Kiyomi me propose d’aller faire un tour dans un musée de la région. J’ai perdu mon ticket d’entrée, je ne peux donc pas vous dire comment s’appelle ce musée. Ce que je sais, c’est qu’il est situé dans une toute petite bourgade de la préfecture de Tochigi. Le bâtiment est petit, mais joli et récent. Le musée accueille principalement des expositions temporaires. En ce moment, c’est Katsushika Hokusai qui est à l’honneur. Kiyomi est déçue quand le nom de cet artiste n’évoque rien de particulier chez moi …

Plus connu sous le nom Hokusai, Katsushika Hokusai est un peintre spécialisé dans l’ukiyo-e. Son œuvre influença de nombreux artistes européens, notamment Van Gogh, Monet ou encore Gauguin. Les estampes présentées sont vraiment époustouflantes de part la finesse du trait et les expressions des personnages représentées.

Ukiyo-eL’ukiyo-e est un mouvement artistique japonais de l’époque Edo dont les oeuvres les plus emblématiques sont les estampes japonais gravées sur bois.

C’est en arrivant devant une vitrine détachée des autres que j’ai compris la déception de Kiyomi face à mon manque d’enthousiasme à l’annonce du nom de Hokusai. Deux de ses œuvres les plus emblématiques sont présentées. Les voici.

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Les Parisiens ont fait des heures de queue pour contempler ces œuvres au Grand Palais il y a quelques mois. Et moi, j’ai la chance, en ce jour pluvieux d’octobre, de les découvrir dans ce petit musée désert au beau milieu de la campagne. Le Japon me réserve décidément de bonnes surprises.

Moments de vie

Voici quelques images qui illustrent la semaine que j’ai passé chez Kiyomi. Des moments simples, authentiques et surtout, uniques qui me rappellent l’ambiance des films de Miyazaki.

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Encore une fois, sans l’aide de mes amis japonais, je n’aurai pas pu vivre ces expériences et visiter ces lieux inaccessibles quand on ne dispose pas de son propre moyen de transport. Merci Kiyomi.

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